Motte Castrale

Aux toutes premières heures du Duché de Normandie, les seigneurs locaux ont bâti des habitats fortifiés, appelés aujourd’hui mottes castrales. Il s’agissait de tertres ronds, en terre, entourés d’un fossé où s’élevait une tour en bois. Parfois renforcée par l’ajout de pierres, elle préfigurait les châteaux forts. Ces “châteaux forts de l’an mil ” remplissaient 3 fonctions : la résidence seigneuriale, la défense (naturelle ou passive) et enfin le symbolisme culturel et social.

Sur la Tapisserie de Bayeux, une vignette montre des paysans bâtissant la motte d’Hastings (Hesteng ceastra). On pense qu’avec les moyens de l’époque, 2000 journées homme, soit vingt journées à une centaine de travailleurs ou trois mois à une trentaine d’ouvriers pouvaient suffire à la construction d’une motte castrale. Le cône avait un volume total de l’ordre de 5 000 m3. En général, les mottes avaient un diamètre à la base de 30 mètres, un diamètre sommital de 10 m et une hauteur de 10 m.
À ses pieds, on retrouve souvent (mais pas toujours) la marque de la fonction résidentielle de l’ensemble fortifié : la basse-cour. Encore appelée bailey ou Vorburg, c’est un espace délimité par une enceinte et surtout en position inférieure par rapport au donjon de la motte. La basse-cour renfermait les bâtiments nécessaires à la vie du château.

Au gré de vos balades, vous pourrez en croiser à Bretteville-du-Grand-Caux, à Bec-de-Mortagne et à Gonfreville- Caillot.

Situé à Bec-de-Mortagne

Informations complémentaires

La motte castrale s’élève en plein centre-bourg, en face de l’école.

En 820 une troupe de vikings qui a pour chef, Godfred Haraldsson, fils de HARALD Klak roi du Danemark, viennent occuper l’estuaire de la Seine pendant des décennies. A l’issue d’un long conflit entre lui et Charles le Chauve, un accord est signé et Godfred s’installe définitivement à l’embouchure nord de la Seine.
C’est ce Godfred dont Gonfreville garde le nom.

En 911 le viking Rollon reçoit le territoire de la Neustrie qui de ce fait, devint Normandie. Commence la lignée des Comtes puis Ducs de Normandie.
En 996, Richard II dit le Bon est duc de Normandie. Il supervise ses terres depuis Rouen. A la fin du X° siècle, il donne deux vassaux, pour une tenure héréditaire en Fief et justice, pour gérer le vaste domaine de Gonfreville qu’il divise en deux parties afin d’en réduire les difficultés imprévisibles. Richard plaçait ainsi des comtes ou des vicomtes aux points stratégiques, afin que la Normandie fut bien gérée.

Il s’agit de Caillot qui fut envoyé avec Orcher pour gérer chacun un fief qui a la même étymologie latine « Gunfredi » parce qu’ils sont sur le même domaine ayant appartenu à Godfred Haraldsson fils de Harald Klak roi du Danemark.
Godfred avait un domaine très étendu, qui allaient de son port sur les rives de la Seine, jusqu’à plus ou moins 25 Km dans les terres et peut-être plus. Donc les deux vassaux allèrent l’un à ce port et l’autre à cette résidence.

Comme d’autres en Pays de Caux, la motte castrale de Gonfreville-Caillot a probablement été érigé en réction à l’arrivée de ces vassaux qui venaient déposséder d’autres de leur terres. D’ailleurs, c’est avec Richard II que la Normandie se structure réellement en territoire féodal, ce qui explique l’émergence de mottes.

La motte de Gonfreville Caillot présente la particularité d’avoir été dès l’origine entourée d’un fossé dont l’excavation a d’ailleurs fourni les matériaux du tertre de quelques mètres de hauteur. Ce dernier est construit par accumulation autour d’une armature de poutres dont l’enchevêtrement va contribuer à stabiliser l’ensemble. Il pourra ainsi supporter sans s’effondrer, sur le couronnement, une fortification annulaire palissadée et une tour de guet servant de refuge ultime.
De petite taille, son élévation est de 3,5 m et le diamètre de son sommet se situe aux alentours de 13m. Son gabarit est donc modeste en comparaison des mottes les plus ordinaires dont l’emprise au sol est généralement d’environ 25m. Cependant elle est une des rares mottes féodales dont les fossés étaient remplis d’eau.
Cette position au centre d’une grande douve, large de 7m et mise en eau, lui confère une physionomie toute particulière, assez proche du type défini par les archéologues allemands sous le nom de « Wasserburg ». Au nord de la motte se développait une basse-cour des plus typiques, de forme semi-circulaire.
A Gonfreville, la motte était complétée par une basse-cour, également fortifiée. L’église paroissiale originelle, trop éloignée, semble avoir été construite à l’extérieur de cette curtis. Il faut sans doute penser que la motte de Gonfreville avait sa chapelle castrale.

Revenons 1000 ans en arrière. Guillaume le Conquérant a 4 fils : au 1er, Robert Courteheuse, est destiné le Duché de Normandie, le 2ème, Richard, est entré dans les ordres, le 3ème, Guillaume le Roux, aura l’Angleterre et le dernier, Henri Beauclerc, d’abord promis à une carrière ecclésias-tique, est armé chevalier et aura droit à une forte somme d’argent comme héritage.
Cependant, dès 1078, avant la mort de son père, épaulé par le roi de France, Robert réclame ses droits sur la Normandie et réunit une armée à Gerberoy. Son père et son frère cadet assiègent la ville, mais 3 semaines de combat plus tard, ils abandonnent car Guillaume le Roux est blessé. Robert n’a cependant pas gagné car il doit faire face à l’hostilité des seigneurs locaux.
En 1080 tous se réconcilient. En 1087 le Conquérant décède. Robert, parti à l’aventure revient en Normandie, dont il devient, conformément à son héritage, Duc. Seulement, absent depuis longtemps, de nombreux seigneurs et abbayes ont pris le parti de Guillaume le Roux …
En 1088, Robert vient à Fécamp pour préparer un débarquement en Angleterre. Pour s’accorder les bonnes grâces de l’abbaye, acquise à son frère, il lui rend des terres que jadis leur père lui avait retirées, dont celles de Guillaume du Bec à Bec-de-Mortagne. En conséquence, après juillet 1088 et avant 1091, Robert de Mortagne, fils de Guillaume du Bec, se soulève contre l’abbé de Fécamp et édifie un château sur une motte à proximité de l’église. En réponse l’abbaye bâtit des fortins à Daubeuf et à Gruville. Parallèlement, le Duc Robert voyant ce château comme un acte de rébellion face à son autorité, fait marche avec ses fidèles vers Bec-de-Mortagne. Il brûle le château et confie les terres à un proche, Gohier (l’abbaye reste suzeraine).
Cette audacieuse révolte a sûrement bénéficié d’appuis extérieurs et d’autres chevaliers ont dû faire dissidence à cette période. Toutefois, le château de notre motte dite du Vieux Châtel ne dura que quelques mois. Depuis, elle garde le souvenir de ces temps troublés.